Et si les déchets organiques pouvaient retourner à la terre pour contribuer à produire des légumes ? C’est l’approche expérimentée à Kribi par Action for Sustainable Development (ASD), avec le soutien financier du GEF Small Grants Programme , mis en œuvre par le Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Cameroun . À travers cette initiative, les déchets organiques sont transformés en compost puis valorisés dans les cultures maraîchères, créant ainsi une boucle locale entre gestion des déchets, fertilité des sols et production agricole.
Du déchet organique à une ressource pour les sols
Les déchets organiques issus notamment des ménages, des marchés et des activités agricoles sont souvent considérés comme des déchets à éliminer. Pourtant, lorsqu’ils sont correctement triés et compostés, ils peuvent devenir une ressource précieuse pour les sols.
Le compost apporte de la matière organique et contribue à améliorer la structure du sol, sa capacité à retenir l’eau ainsi que son activité biologique. Utilisé comme amendement organique, il permet ainsi d’accompagner la fertilité des sols et de créer de meilleures conditions pour le développement des cultures.
C’est cette possibilité de donner une seconde vie aux déchets qui est mise à l’épreuve dans les parcelles maraîchères accompagnées par ASD à Kribi.
Des pépinières maraîchères nourries au compost
L’expérimentation a commencé par la mise en place de pépinières destinées à produire les jeunes plants nécessaires aux cultures.
Quatre planches de semis de 3 m² chacune ont été aménagées, soit une superficie totale de 12 m². Chaque planche a reçu 8 kg de compost, représentant au total 32 kg de compost utilisés pour les pépinières.
Quatre cultures ont été mises en pépinière : poivron, basilic, céleri et laitue.
Pour favoriser la germination et le développement des jeunes plants, les planches ont bénéficié d’un arrosage régulier et d’un paillage à base de branches fraîches de palmier destiné à conserver l’humidité du sol.
Quelques jours après les semis, les premières observations étaient encourageantes. Les jeunes plants présentaient un feuillage bien vert et un développement jugé satisfaisant par les bénéficiaires.
Le compost au service de la fertilité des sols
Après la phase de pépinière, les travaux se sont poursuivis avec la préparation des parcelles destinées à accueillir les cultures.
Une trentaine de billons d’environ 9 mètres de longueur sur 1 mètre de largeur ont été aménagés. Les sillons entre les billons facilitent la circulation, les opérations d’entretien et l’évacuation de l’excès d’eau.
Avant la mise en place des cultures, du compost a été épandu uniformément sur les planches et incorporé au dispositif de production.
Cette pratique permet de remettre de la matière organique dans le sol et de créer des conditions favorables au développement des racines. Elle s’inscrit dans une approche de gestion durable de la fertilité, où la santé du sol constitue une composante essentielle de la production agricole.
Du compost aux légumes : une expérimentation dans les parcelles
Une fois les parcelles préparées, les jeunes plants produits en pépinière ont été repiqués.
La laitue, le basilic et le poivron ont été installés par repiquage, tandis que le gombo a été mis en place par semis direct.
Les bénéficiaires ont également assuré les opérations nécessaires au bon développement des cultures, notamment l’arrosage et le désherbage.
Cette étape permet de mettre en pratique une approche intégrée dans laquelle le compost vient compléter d’autres bonnes pratiques agricoles. L’objectif est d’observer, dans les conditions locales, comment l’utilisation d’un amendement organique produit à partir de déchets peut accompagner la croissance des cultures.
Des premiers résultats encourageants dans les cultures maraîchères
Quelques jours après le repiquage, les plants apparaissent bien portants et poursuivent leur développement. Leur feuillage et leur vigueur constituent des observations encourageantes pour les bénéficiaires.
Ces premiers résultats doivent toutefois être appréciés dans leur ensemble. Le développement des cultures dépend de plusieurs facteurs, notamment la qualité des semences et des plants, l’arrosage, le désherbage, les conditions climatiques et les caractéristiques du sol, en plus de l’apport de compost.
Le suivi des parcelles permettra donc de poursuivre les observations tout au long du cycle de production et de mieux apprécier les effets du compost sur les cultures et les sols.
Une boucle locale d’économie circulaire
L’intérêt de cette expérience dépasse la production maraîchère. Elle illustre concrètement le principe de l’économie circulaire : transformer un déchet en ressource et faire en sorte que cette ressource puisse être réutilisée localement.
La logique est simple :
Déchets organiques → compostage → compost → sols agricoles → cultures → alimentation.
Cette boucle permet de rapprocher deux enjeux majeurs : la gestion durable des déchets et la préservation de la fertilité des sols.
Elle montre également que les solutions environnementales peuvent générer des bénéfices directs pour les communautés, en favorisant la production agricole et la valorisation de ressources disponibles localement.
Vers une agriculture plus durable à Kribi
À travers cette expérimentation, ASD souhaite encourager l’utilisation du compost comme amendement organique dans les pratiques agricoles et contribuer à une meilleure valorisation des déchets biodégradables.
L’initiative soutenue financièrement par le GEF Small Grants Programme Cameroun et mise en œuvre avec l’appui du PNUD montre ainsi comment une action de gestion des déchets peut être reliée à des enjeux plus larges : fertilité des sols, production agricole, protection de l’environnement et amélioration des moyens de subsistance des communautés.
À Kribi, le compost devient ainsi bien plus qu’un produit issu des déchets. Il crée une boucle entre la ville, les sols et les agriculteurs, et ouvre la voie à une agriculture plus circulaire et plus durable.
