Élevage de poulets de chair à Boumba-Bek : une alternative économique pour protéger la forêt

De 100 poussins à une marge brute de 604 000 FCFA : comment l’accompagnement de proximité aide les communautés à transformer une activité d’élevage en véritable alternative économique.

Protéger une forêt ne consiste pas seulement à surveiller ses limites ou à sensibiliser les populations qui vivent à ses côtés. Dans les territoires où les communautés dépendent directement des ressources naturelles pour se nourrir et générer des revenus, la conservation passe aussi par la création d’alternatives économiques viables.

C’est dans cette perspective qu’Action for Sustainable Development (ASD), avec l’appui du Global Greengrants Fund, accompagne les communautés de Ngatto Nouveau et Tembé-Piste, à proximité du Parc national de Boumba-Bek.

Dans un premier article, nous présentions l’élevage de poulets de chair comme une piste pour diversifier les moyens de subsistance des populations riveraines et réduire progressivement leur dépendance aux ressources naturelles du parc. (asd.contact)

Quelques mois plus tard, le suivi réalisé sur le terrain permet d’aller plus loin : que se passe-t-il lorsque les bénéficiaires commencent à prendre en main l’activité et à investir leurs propres ressources ?

Les résultats montrent une évolution encourageante. Ils montrent également qu’une activité génératrice de revenus ne devient pas viable uniquement grâce à la production. Il faut aussi apprendre à connaître son marché, à fixer ses prix et à gérer son activité.

Une première vague pour apprendre… et faire ses premières erreurs

Dans le cadre du projet « Renforcement des capacités des gardiens de la forêt », les bénéficiaires avaient été formés aux techniques d’élevage des poulets de chair et avaient reçu un premier appui comprenant notamment 100 poussins âgés de 21 jours, du matériel d’élevage, des aliments et les produits nécessaires au suivi prophylactique.

Cette première vague a donné des résultats encourageants sur le plan technique.

Sur les 100 poussins reçus, seuls 3 cas de mortalité ont été enregistrés. Ainsi, 97 poulets ont survécu et ont été vendus, soit un taux de survie de 97 %.

Mais l’expérience a également permis de révéler une difficulté importante : produire ne suffit pas, encore faut-il savoir vendre au bon prix.

Lors de cette première expérience, les bénéficiaires avaient vendu leurs poulets autour de 5 000 FCFA l’unité, sans avoir suffisamment vérifié les prix pratiqués sur le marché local. Or, selon les observations faites par ASD, les poulets pouvaient être vendus autour de 8 000 à 8 500 FCFA.

Cette mauvaise appréciation du marché a limité la marge obtenue lors de cette première vague.

Les chiffres sont néanmoins instructifs : les ventes ont généré 594 125 FCFA de revenus bruts, pour 521 000 FCFA de coûts de production, soit une marge brute de 73 125 FCFA.

Plutôt que de considérer cette première expérience comme un échec, ASD y a vu une occasion d’apprentissage.

Du poulailler au marché : le suivi qui fait la différence

C’est précisément à ce niveau que le suivi de proximité prend tout son sens.

Après cette première expérience, ASD a accompagné les bénéficiaires dans l’analyse des résultats et les a sensibilisés à l’importance de mieux connaître le marché avant de commercialiser les poulets.

Quel est le prix pratiqué localement ? Quel est le coût réel d’un poulet ? À quel moment faut-il vendre ? Quelle marge peut-on raisonnablement espérer ? Comment mieux organiser la commercialisation ?

Ces questions, qui peuvent sembler simples, sont essentielles pour transformer une activité d’élevage en activité réellement génératrice de revenus.

L’accompagnement ne s’est d’ailleurs pas limité aux conseils sur la commercialisation. ASD a continué à assurer un suivi technique, notamment à travers les visites de terrain, les échanges téléphoniques, l’accompagnement dans l’acquisition de nouveaux poussins et la mise en relation avec des fournisseurs.

La première vague avait donc permis de produire et d’expérimenter. Le suivi a permis de tirer les leçons de cette expérience pour mieux préparer la suivante.

Deuxième vague : les bénéficiaires réinvestissent et les résultats progressent

Forts de cette première expérience, les bénéficiaires ont décidé de poursuivre l’activité en mobilisant cette fois leurs propres ressources.

Une nouvelle vague de 170 poussins a ainsi été acquise, avec le kit nécessaire à leur prise en charge. Ce réinvestissement constitue en lui-même un résultat important : il témoigne de la confiance des bénéficiaires dans le potentiel de l’activité et de leur appropriation progressive des techniques d’élevage.

Cette deuxième expérience a enregistré 13 cas de mortalité et 2 cas de vol, laissant 155 poulets maintenus, soit un taux de réussite de 91,18 %.

Mais sur le plan économique, la progression est particulièrement intéressante.

Les ventes ont généré :

  • 1 317 500 FCFA de revenus bruts ;
  • 713 500 FCFA de coûts de production ;
  • 604 000 FCFA de marge brute.

La comparaison avec la première vague doit être faite en tenant compte du nombre plus important de poulets élevés, mais elle montre clairement l’amélioration des performances économiques de l’activité.

L’expérience acquise lors du premier cycle, notamment sur la commercialisation et la fixation des prix, a permis aux bénéficiaires de mieux valoriser leur production lors du second cycle.

Une activité qui commence à créer d'autres opportunités

L’intérêt de l’élevage avicole ne se limite pas aux revenus directement générés par la vente des poulets.

À Ngatto Nouveau, l’activité a permis de créer une occupation partielle pour deux personnes directement impliquées dans la gestion des exploitations avicoles. Elle a également favorisé l’émergence de deux vendeurs de poulets à la braise dans la localité.

D’autres opportunités pourraient progressivement se développer en amont de la chaîne.

Le maïs constitue notamment une matière première importante dans l’alimentation des volailles. L’augmentation de la demande pourrait donc stimuler à terme la production agricole locale et créer de nouvelles opportunités de revenus pour les producteurs.

Ainsi, une activité mise en place pour diversifier les moyens de subsistance peut progressivement contribuer à une dynamique économique locale plus large.

Quand les communautés deviennent elles-mêmes actrices du changement

L’élevage de poulets n’est pas la seule activité suivie dans le cadre du projet.

Les bénéficiaires ont également été accompagnés dans la production de plants de bananier plantain grâce à la technique de Propagation par les Plants issus de Fragments de tige (PIF).

Les deux germoirs installés à Ngatto Nouveau et Tembé-Piste ont permis une première production de plus de 1 500 plants de bananier plantain, dont une partie importante a déjà été mise en champ.

L’ADEBAY, qui a également bénéficié du renforcement de capacités, a de son côté installé son propre germoir et produit plus de 500 plants, eux aussi mis en champ.

Mais l’un des signes les plus encourageants d’appropriation est venu du GIC Grande Ambition.

Après avoir été formé à la technique PIF, le GIC a commencé à former à son tour des femmes issues d’autres réseaux. La compétence acquise ne reste donc plus limitée aux bénéficiaires directs : elle commence à circuler entre organisations et au sein des communautés.

Au total, le suivi fait état de plus de 2 000 plants de bananier plantain produits et mis en champ.

Une leçon importante pour les projets d’activités génératrices de revenus

L’expérience menée autour de Boumba-Bek apporte un enseignement qui dépasse le seul cadre de l’élevage avicole.

Une activité génératrice de revenus ne devient pas durable au moment où les bénéficiaires reçoivent une formation ou une dotation.

La durabilité se construit dans le temps.

Elle passe par la capacité à appliquer les techniques apprises, à analyser les résultats, à reconnaître les erreurs, à s’adapter au marché, à réinvestir et progressivement à prendre en main l’activité.

Dans le cas présent, la première vague a permis aux bénéficiaires de se confronter aux réalités de l’élevage et de la commercialisation. Le suivi d’ASD a ensuite permis d’identifier les difficultés et d’apporter des conseils adaptés. La deuxième vague a montré les premiers effets de cet apprentissage, avec une activité plus importante et une marge brute nettement supérieure.

Cette expérience rappelle donc aux OSC une chose essentielle : le suivi post-formation n’est pas une étape secondaire d’un projet. Il peut être l’un des facteurs déterminants de sa durabilité.

Pour protéger durablement la forêt, il faut aussi investir dans les communautés

Les résultats obtenus ne permettent pas encore d’affirmer que l’élevage de poulets a, à lui seul, réduit la pression exercée sur le Parc national de Boumba-Bek. Une telle conclusion nécessiterait un suivi plus long des pratiques et de l’évolution de la pression sur les ressources naturelles.

En revanche, l’expérience montre qu’il est possible de construire des alternatives économiques concrètes, adaptées au contexte local, et d’accompagner progressivement les communautés vers davantage d’autonomie.

La première vague a permis d’expérimenter.

Les difficultés rencontrées ont permis d’apprendre.

Le suivi a permis de corriger.

Le réinvestissement a permis de poursuivre.

Et la deuxième vague a permis d’obtenir de meilleurs résultats économiques.

Parallèlement, la production de plants de bananier plantain et le transfert de compétences entre organisations montrent que les innovations introduites peuvent progressivement être appropriées et diffusées par les communautés elles-mêmes.

C’est cette dynamique que nous souhaitons continuer à accompagner.

Car autour du Parc national de Boumba-Bek, protéger la biodiversité passe aussi par une question fondamentale : comment permettre aux communautés de construire leur avenir économique sans compromettre les ressources naturelles dont elles dépendent ?

L’expérience menée à Ngatto Nouveau et Tembé-Piste montre qu’il n’existe pas de réponse unique. Mais elle confirme qu’en combinant formation, accompagnement de proximité, apprentissage par l’expérience, accès au marché, réinvestissement et transfert de compétences, il est possible de poser les bases d’alternatives plus durables.

Quelques chiffres clés

IndicateurRésultat
Première vague de poulets100 poussins
Taux de survie – 1ère vague97 %
Revenus bruts – 1ère vague594 125 FCFA
Marge brute – 1ère vague73 125 FCFA
Deuxième vague170 poussins
Taux de réussite – 2e vague91,18 %
Revenus bruts – 2e vague1 317 500 FCFA
Marge brute – 2e vague604 000 FCFA
Plants de bananier plantain produits2 000+
Personnes directement impliquées dans la gestion avicole2
Vendeurs de poulets à la braise2

Les résultats du suivi confirment l’importance de poursuivre l’accompagnement technique, de faciliter l’accès aux intrants, aux fournisseurs et aux débouchés, mais aussi de documenter et partager les bonnes pratiques afin que ces expériences puissent inspirer d’autres communautés et d’autres organisations de la société civile.

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