À Boumba-Bek, les communautés vivent au quotidien à proximité de la forêt et de ses ressources. Pourtant, connaître son territoire ne signifie pas toujours connaître les règles qui encadrent son exploitation, ni savoir comment réagir face à une activité illégale. Une formation à l’Observation Indépendante Externe (OIE) organisée par ASD a permis aux membres des comités de veille communautaire de mieux comprendre leurs droits, leurs responsabilités et les moyens dont ils disposent pour contribuer à la protection des forêts.
Dans les communautés riveraines du Parc National de Boumba-Bek, les habitants sont souvent les premiers témoins des activités qui se déroulent en forêt. Ils peuvent observer l’abattage d’arbres, le passage d’exploitants, des signes de braconnage ou encore certaines pratiques susceptibles de porter atteinte aux ressources naturelles.
Mais que faire lorsqu’une activité semble illégale ? Qui prévenir ? Quelles informations faut-il recueillir ? Est-il réellement possible de signaler une infraction sans s’exposer personnellement ?
Pour de nombreux membres des comités de veille communautaire, ces questions restaient jusque-là sans réponse précise.
C’est justement ce que la formation sur l’Observation Indépendante Externe est venue apporter.
Comprendre ce qui est légal… et ce qui ne l’est pas
Au total, 24 membres des comités de veille communautaire, dont 13 femmes et 6 jeunes, ont été formés à l’identification et à la documentation des infractions et mauvaises pratiques susceptibles d’être observées dans et autour du Parc National de Boumba-Bek.
La formation a notamment porté sur des situations telles que les mauvaises pratiques d’abattage, les coupes hors limites, la présence de bois non marqué, le braconnage ou encore l’abattage d’arbres à proximité des cours d’eau.
Mais au-delà des connaissances techniques, la formation a surtout permis aux participants de prendre conscience d’une réalité : ils ignoraient une partie importante des règles qui encadrent l’utilisation et la gestion des ressources forestières.
Certaines pratiques qu’ils avaient pu voir ou auxquelles ils avaient parfois assisté sans les considérer comme des infractions pouvaient en réalité constituer des violations des règles forestières.
Cette prise de conscience est l’un des principaux enseignements de la formation.
Une sortie de terrain pour confronter les connaissances à la réalité
Pour permettre aux participants de passer de la théorie à la pratique, une sortie de terrain a été organisée.
Sur le terrain, les membres des comités ont pu observer directement un cas concret d’infraction : un arbre d’Ayous avait été abattu sous le diamètre requis, à proximité immédiate d’un cours d’eau.
Cette situation a permis aux participants de mettre en pratique les connaissances acquises pendant la formation : observer, identifier les éléments constitutifs de l’infraction, relever les informations pertinentes et réfléchir à la manière de documenter et de transmettre le constat.
Pour les participants, cette expérience a permis de mieux comprendre que la surveillance forestière ne consiste pas seulement à « voir » une activité. Il faut également savoir ce que l’on observe, pourquoi cela peut être problématique et comment transmettre l’information de manière fiable.
« Nous avons souvent vu des choses sans savoir que nous pouvions les dénoncer »
La formation a également fait émerger un constat important : plusieurs membres des communautés avaient déjà été témoins de situations potentiellement illégales, sans savoir qu’ils pouvaient les signaler.
Le problème n’était donc pas nécessairement l’absence de volonté de protéger la forêt, mais plutôt le manque d’information sur les droits, les procédures et les mécanismes de dénonciation existants.
Les participants ont notamment découvert qu’ils pouvaient contribuer au signalement d’activités suspectes tout en préservant leur anonymat, selon les mécanismes et canaux appropriés.
Cette information est particulièrement importante dans des contextes où une personne peut hésiter à signaler une infraction par peur de représailles, de conflits ou simplement parce qu’elle ne sait pas vers qui se tourner.
La formation leur a ainsi permis de comprendre qu’être membre d’une communauté riveraine ne signifie pas être impuissant face aux atteintes à l’environnement.
Dénoncer sans se substituer à l’administration
Un autre enseignement essentiel concerne le rôle de chacun.
L’Observation Indépendante Externe ne signifie pas que les communautés doivent se substituer aux services de l’État chargés du contrôle forestier.
Le Ministère des Forêts et de la Faune (MINFOF) demeure l’administration compétente en matière de contrôle et d’application de la réglementation forestière.
Le rôle des communautés est différent mais complémentaire : observer, documenter et transmettre des informations fiables aux acteurs compétents.
Cette distinction est fondamentale. Elle permet aux communautés de participer activement à la gouvernance forestière tout en respectant les responsabilités et les prérogatives de l’administration.
L’OIE crée ainsi un espace de collaboration entre les communautés, les organisations de la société civile et les services de l’État.
Des outils pour transformer les observations en informations utiles
La formation pratique a également permis aux participants de se familiariser avec plusieurs outils : GPS, smartphones et drones.
Ils ont appris à collecter des données géoréférencées, localiser des alertes de déforestation, documenter des observations de terrain et transmettre les informations selon les procédures établies.
Ces outils donnent davantage de précision aux observations réalisées par les communautés.
Mais l’objectif n’est pas de faire de chaque membre du comité un agent de contrôle forestier. Il s’agit plutôt de lui donner les moyens de mieux documenter ce qu’il voit et de contribuer à une information de qualité, utilisable ensuite par les acteurs compétents.
Les femmes et les jeunes au cœur de la surveillance
La participation de 13 femmes et 6 jeunes constitue également un élément important de cette dynamique.
Une attention particulière a été accordée aux femmes afin qu’elles puissent comprendre le processus et manipuler elles-mêmes les outils de surveillance.
Il ne s’agissait pas simplement de les associer à la formation, mais de leur permettre d’acquérir les mêmes compétences pratiques que les autres participants.
Cette approche renforce leur capacité à participer à la gouvernance des ressources naturelles de leur territoire et à devenir, elles aussi, des actrices de la protection de la forêt.
« Nous sommes prêts à collaborer »
À l’issue de la formation, les membres des comités ont exprimé leur volonté de poursuivre la collaboration avec ASD, l’administration forestière et les autres organisations de la société civile afin de contribuer à une meilleure gestion et à la préservation des forêts et des ressources naturelles.
Cette volonté de collaboration est essentielle.
Car la protection de Boumba-Bek ne peut reposer sur un seul acteur. Elle nécessite une mobilisation collective dans laquelle l’administration apporte son pouvoir de contrôle, les communautés leur connaissance du territoire et leur capacité d’alerte, et les organisations de la société civile leur accompagnement et leur expertise.
Donner aux communautés les moyens d’être actrices de la conservation
Au-delà des GPS, des smartphones et des techniques de documentation, l’un des principaux résultats de cette formation est donc une prise de conscience.
Les communautés ont découvert qu’elles connaissaient parfois moins bien qu’elles ne le pensaient les règles qui régissent la forêt, mais surtout qu’elles disposaient de possibilités d’action qu’elles ignoraient jusque-là.
Savoir reconnaître une infraction. Savoir comment la documenter. Savoir à qui transmettre l’information. Savoir qu’il est possible de contribuer au signalement tout en protégeant son anonymat.
C’est cela aussi, renforcer les capacités des communautés : leur donner les connaissances et les outils nécessaires pour ne plus être de simples témoins des pressions exercées sur la forêt, mais de véritables partenaires de sa protection.
À Boumba-Bek, cette dynamique ouvre ainsi la voie à une surveillance forestière plus participative, plus inclusive et fondée sur une meilleure collaboration entre les communautés, ASD, les autres organisations de la société civile et l’administration compétente.

Vraiment félicitations à l’association ASD pour son implication dans la préservation des ressources Forestière. Car grâce à elle les communautés riveraines pourront désormais savoir identifier les actes illégaux dans l’exploitation du bois.