Dans les villages de Windé Ngong 1 et 2, Adamaoua 1 et Ardo Djallo, dans la Commune de Ngong, au Nord-Cameroun, les changements ne se racontent plus seulement dans les salles de formation. Ils se voient désormais dans les champs.
Plus de 200 femmes et jeunes ont été sensibilisés et formés à des pratiques agricoles durables et résilientes aux changements climatiques. Aujourd’hui, ils expérimentent ces techniques dans leurs propres parcelles : association du maïs, du niébé et de l’arachide, utilisation du compost, Zaï, demi-lunes et autres pratiques de restauration des sols.
Pour faciliter ce passage de la formation à l’action, des semences de maïs, d’arachide et de niébé ont été mises à la disposition des bénéficiaires. L’objectif est d’accompagner la mise en pratique des techniques apprises et d’améliorer progressivement les performances agricoles sur 10 hectares de terres.
Cette initiative est portée par Action for Sustainable Development (ASD) et Jeunes en Action pour le Développement Durable (JADD), avec l’appui financier de la Fondation Setec, dans le cadre du projet « Appui à l’autonomisation des femmes et des jeunes du Nord à travers l’adoption des pratiques agricoles durables et résilientes aux changements climatiques ».
De la formation aux champs
Une formation n’a de véritable impact que lorsque les connaissances acquises peuvent être mises en pratique.
C’est ce qui commence à se produire dans les communautés accompagnées par ASD et JADD. Les bénéficiaires ont été formés à plusieurs techniques permettant de restaurer les sols, mieux gérer l’eau et réduire la dépendance à certains intrants : production et utilisation du compost, biopesticides, Zaï, demi-lunes, biochar, haies fertilitaires et association des cultures.
Lors d’une visite de terrain réalisée en août 2026, plusieurs parcelles agricoles ont été observées. L’association du maïs, du niébé et de l’arachide y est particulièrement visible.
Ce qui était présenté comme une technique lors des formations commence ainsi à devenir une pratique agricole concrète.
Le compost à l’épreuve du terrain
Le compost occupe également une place importante dans cette expérimentation.
Sur les parcelles visitées, des espaces traités au compost sont comparés à des espaces non traités. Cette approche permet aux producteurs d’observer eux-mêmes les différences et de mieux comprendre les effets de la pratique.
Les premières observations sont encourageantes, avec une bonne croissance des cultures sur plusieurs parcelles où le compost et l’association des cultures sont appliqués.
Il faudra toutefois attendre la récolte pour mesurer précisément les effets sur les rendements. Cette étape permettra de disposer de données concrètes et de mieux apprécier la contribution des pratiques agroécologiques aux performances agricoles.
À Windé Ngong, les producteurs adaptent les solutions
La résilience se construit aussi dans la capacité à adapter les techniques aux réalités locales.
À Windé Ngong, certains ouvrages de Zaï et de demi-lunes ont été fragilisés par les fortes pluies et la nature limono-sableuse des sols. Plutôt que d’abandonner les aménagements, des producteurs ont cherché des solutions.
Certains ouvrages ont ainsi été transformés en bassins de rétention d’eau, appelés localement « cassiers ». Ils permettent de ralentir le ruissellement, de retenir temporairement l’eau de pluie et de favoriser son infiltration afin de maintenir plus longtemps l’humidité autour des cultures.
Cette adaptation illustre une appropriation intéressante des techniques : les producteurs ne se contentent pas d’appliquer des solutions apprises. Ils observent, testent et adaptent en fonction de leur environnement.
C’est aussi cela, la résilience agricole.
Un champ communautaire pour apprendre ensemble
À Windé Ngong, cette dynamique prend une autre dimension grâce à un champ communautaire d’environ 0,5 hectare.
Le site réunit près de 25 producteurs, dont 15 femmes et 10 hommes, autour du maïs, du niébé et de l’arachide.
Le champ est devenu un espace d’apprentissage collectif où les producteurs expérimentent les techniques agroécologiques, échangent sur les difficultés rencontrées et partagent leurs solutions.
Les travaux d’entretien sont également réalisés collectivement, renforçant la collaboration entre les membres de la communauté.
Cette dynamique d’apprentissage entre pairs peut contribuer à diffuser progressivement les pratiques agroécologiques au-delà des personnes directement formées.
Des premiers résultats encourageants
Les premières observations montrent une adoption progressive de plusieurs pratiques. L’association des cultures est visible sur les parcelles visitées et l’utilisation du compost commence à s’intégrer dans les pratiques agricoles.
Les bénéficiaires rencontrés se montrent également motivés à poursuivre l’application des techniques apprises.
Des défis restent cependant à relever. La disponibilité des matières premières nécessaires à la production de compost demeure limitée. L’utilisation des biopesticides reste encore faible dans certains villages et les ouvrages de conservation des eaux et des sols doivent parfois être adaptés aux caractéristiques des terrains.
Les producteurs font également face à des difficultés d’organisation, tandis que les femmes rencontrent des contraintes liées à l’accès et à la sécurisation du foncier.
Ces difficultés montrent que l’adoption durable de nouvelles pratiques demande du temps, un accompagnement régulier et des solutions adaptées aux réalités locales.
Femmes et jeunes au cœur de la transition agroécologique
L’enjeu du projet est de faire des femmes et des jeunes de véritables acteurs du changement.
La combinaison de la formation, de l’accès aux semences et de l’accompagnement technique leur permet de passer progressivement de l’apprentissage à l’expérimentation dans leurs propres exploitations.
Avec une cible de 10 hectares accompagnés, les expériences menées à Windé Ngong, Adamaoua 1 et Ardo Djallo constituent une étape importante vers une adoption plus large des pratiques agricoles durables.
La prochaine étape sera de suivre les parcelles jusqu’à la récolte, de mesurer les résultats obtenus et de documenter les pratiques les plus efficaces.
À travers ces expériences, les champs deviennent progressivement de véritables laboratoires de résilience, où les connaissances, les semences et les savoir-faire locaux se rencontrent pour construire des réponses concrètes à la dégradation des sols et aux changements climatiques.
Parce que la résilience agricole ne se décrète pas. Elle se construit avec les communautés, directement dans les champs.
