Malgré son statut d’aire protégée, le Parc national de Boumba Bek fait face à une pression de plus en plus forte. Expansion agricole, exploitation forestière illégale et braconnage menacent directement l’équilibre de cet écosystème riche en biodiversité.
Ces activités, bien que destructrices, trouvent leur origine dans une réalité socio-économique complexe : le manque d’alternatives viables pour les communautés riveraines.
Des besoins vitaux à l’origine des pratiques illégales
Dans les villages proches du parc, notamment Ngatto Nouveau et Tembé-Piste, les populations — en particulier les femmes — évoquent des difficultés d’accès aux sources de protéines alternatives.
Pour se procurer du poisson ou du poulet, il faut attendre des commerçants ambulants venant de Yokadouma ou de Bertoua, parcourant parfois entre 100 et 375 km. Résultat : des produits rares, irréguliers et surtout très coûteux.
Face à cette situation, la viande de brousse devient souvent la solution la plus accessible, malgré ses impacts négatifs sur la faune et la conservation.
Une solution locale : l’élevage de poulets de chair
Pour répondre à ces défis, ASD (Action for Sustainable Development), avec l’appui du Global Greengrants Fund, a mis en place une initiative visant à promouvoir des activités génératrices de revenus (AGR) durables.
En mars dernier, une cinquantaine de femmes et de jeunes issus des villages Ngatto Nouveau et Tembé-Piste ont bénéficié d’une formation pratique en élevage de poulets de chair.
Les participants ont acquis des compétences essentielles, notamment :
- la construction de poulaillers adaptés au contexte local
- les bonnes pratiques d’élevage des poussins
- l’organisation des mangeoires et abreuvoirs
- les mesures d’hygiène et de prévention des maladies
Au-delà des techniques, cette formation vise un changement de posture : passer du statut d’exploitants des ressources naturelles à celui de gardiens de la forêt.
Un appui concret pour lancer l’activité
Pour garantir le succès de cette initiative, ASD a accompagné la formation d’un appui matériel complet :
- 100 poussins
- des sacs d’aliments de croissance
- des produits de prophylaxie
- du matériel de base pour démarrer un poulailler
- un suivi rapproché des bénéficiaires
Cet accompagnement permet aux bénéficiaires de démarrer immédiatement leur activité, sans obstacle financier majeur.
Des résultats encourageants sur le terrain
Quelques semaines après le lancement, les premiers résultats sont très positifs. Le suivi effectué montre que :
- les connaissances transmises ont été bien assimilées
- les poulets se développent normalement
- les bénéficiaires sont pleinement engagés dans l’activité
La première phase de production approche désormais de sa maturité, avec une mise sur le marché imminente.
Une approche gagnante pour les communautés et la biodiversité
Cette initiative illustre parfaitement qu’il est possible de concilier :
- amélioration des conditions de vie des communautés
- réduction des pressions sur les ressources naturelles
- protection durable de la biodiversité
En offrant des alternatives économiques concrètes et accessibles, ASD contribue à transformer les pratiques locales et à renforcer le rôle des communautés comme actrices clés de la conservation.

L’initiative présente des résultats encourageants à court terme grâce à l’appui matériel et au suivi rapproché, mais sa durabilité à long terme reste conditionnée par plusieurs facteurs critiques : d’abord, une forte dépendance aux intrants fournis (poussins, aliments, produits vétérinaires) pose la question de l’autonomie réelle des bénéficiaires une fois le soutien retiré ; ensuite, la viabilité économique n’est pas encore démontrée sans une analyse précise des coûts de production, des marges et des fluctuations du marché local, notamment face au prix des aliments et à la concurrence ; sur le plan technique, la maîtrise des risques sanitaires et la rigueur dans la gestion quotidienne seront déterminantes, surtout en l’absence d’un encadrement continu ; par ailleurs, l’impact sur la biodiversité, bien que pertinent dans son intention, n’est pas garanti, car l’augmentation des revenus ne conduit pas automatiquement à une réduction des pressions sur les ressources naturelles ; à cela s’ajoutent des défis liés à l’accès au marché, à la logistique de vente et à la motivation des bénéficiaires sur la durée ; enfin, le passage à l’échelle pourrait révéler des limites structurelles si le modèle reste trop dépendant du soutien externe, ce qui souligne la nécessité de renforcer des mécanismes d’autonomisation tels que la réinjection des revenus, la formation en gestion, le développement d’alternatives locales pour l’alimentation et une meilleure structuration des débouchés commerciaux.