PNACC au Cameroun : le genre au cœur de l’adaptation climatique

La révision du Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC) est une occasion de passer d’une simple comptabilisation des femmes bénéficiaires à une véritable intégration du genre dans les politiques d’adaptation climatique.

Face aux effets croissants des changements climatiques, le Cameroun s’est doté en 2015 d’un Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques (PNACC), un cadre stratégique destiné à orienter les actions d’adaptation et à renforcer la résilience des populations et des secteurs vulnérables.

Alors que le processus de révision du PNACC est désormais engagé, la prise en compte du genre apparaît comme un enjeu majeur pour construire une politique d’adaptation plus inclusive et plus efficace.

C’est dans ce contexte qu’Action for Sustainable Development (ASD) a participé récemment à des ateliers organisés par le REFELEF et Green Development Advocate, consacrés à la compréhension du PNACC actuel et aux pistes envisagées pour sa révision, avec un accent particulier sur l’intégration du genre.

Le PNACC, un cadre national pour coordonner l’action climatique

Adopté en 2015, le PNACC constitue un cadre de référence pour les différents acteurs engagés dans l’adaptation aux changements climatiques au Cameroun. Il définit des orientations et des projets d’envergure nationale auxquels peuvent contribuer les administrations publiques, les collectivités territoriales, les organisations de la société civile (OSC), le secteur privé, les partenaires techniques et financiers ainsi que les communautés.

Les OSC occupent une place importante dans cette dynamique. Grâce à leur proximité avec les communautés et à leur capacité à mobiliser des financements, elles mettent en œuvre de nombreuses initiatives qui contribuent à renforcer la résilience des populations : agriculture durable, gestion des ressources naturelles, restauration des écosystèmes, diversification des moyens de subsistance ou encore autonomisation des femmes et des jeunes.

Cependant, une difficulté demeure : les actions réalisées par les OSC ne sont pas toujours suffisamment communiquées et capitalisées au niveau national.

Une meilleure remontée des informations permettrait pourtant de mieux valoriser les efforts réalisés sur le terrain et de contribuer au suivi des résultats du PNACC. Le renforcement de la collaboration entre le MINEPDED et les OSC apparaît ainsi essentiel, notamment pour faciliter la conception, la mise en œuvre et la capitalisation des projets contribuant aux objectifs nationaux d’adaptation.

Une meilleure prise en compte du genre : un enjeu pour le PNACC révisé

Le PNACC actuel reconnaît déjà la vulnérabilité particulière de certains groupes face aux changements climatiques et comprend notamment un projet consacré à l’adaptation de la politique nationale genre et à la réduction de la vulnérabilité au changement climatique.

Cependant, les échanges organisés dans le cadre des ateliers ont mis en évidence la nécessité d’aller plus loin.

Dans de nombreux projets, la prise en compte du genre est encore évaluée principalement à travers des indicateurs quantitatifs : combien de femmes ont participé ? Combien de femmes ont bénéficié d’une activité ?

Ces données sont utiles, mais elles ne suffisent pas à mesurer les transformations réelles produites par les actions d’adaptation.

Une approche véritablement sensible au genre devrait plutôt chercher à comprendre si les interventions contribuent à réduire les inégalités et à renforcer durablement le pouvoir d’agir des populations.

La question devrait donc évoluer de : « Combien de femmes bénéficient des actions d’adaptation ? »  vers :

« Dans quelle mesure ces actions réduisent-elles les inégalités, renforcent-elles la capacité de décision et améliorent-elles durablement le pouvoir d’agir des femmes, des hommes, des jeunes, des personnes handicapées, des peuples autochtones et des communautés locales face aux changements climatiques ? »

Vers une adaptation qui tient compte des différentes vulnérabilités

Les changements climatiques n’affectent pas toutes les populations de la même manière. L’accès aux ressources, aux revenus, à la terre, à l’information ou aux espaces de décision peut fortement influencer les capacités d’adaptation.

La révision du PNACC constitue ainsi une occasion d’actualiser l’analyse de la vulnérabilité climatique dans les cinq zones agro-écologiques du Cameroun avec une approche sensible au genre et aux réalités des différents groupes sociaux.

Cela implique notamment de mieux prendre en compte les causes structurelles des inégalités, mais aussi d’associer les femmes, les jeunes, les personnes handicapées, les peuples autochtones et les communautés locales aux différentes étapes du processus.

Parmi les pistes évoquées figurent notamment :

  • renforcer l’analyse des vulnérabilités avec une approche sexo-spécifique ;
  • favoriser la participation et le leadership des femmes dans la gouvernance climatique ;
  • renforcer les capacités des acteurs sur l’intégration du genre ;
  • intégrer le genre dans la planification et la budgétisation ;
  • développer des indicateurs permettant de mesurer les changements au-delà du simple nombre de bénéficiaires.

L’enjeu est donc de faire du genre une dimension concrète de la planification, du financement et du suivi des politiques d’adaptation, plutôt qu’un simple indicateur de participation.

La société civile au cœur de la mise en œuvre

La révision du PNACC représente également une occasion de renforcer le lien entre les politiques nationales et les réalités observées dans les communautés.

Les organisations de la société civile disposent d’une expérience précieuse du terrain. Elles accompagnent les communautés, expérimentent des solutions adaptées aux réalités locales et peuvent documenter les changements obtenus.

Pour ASD, cette participation rappelle également l’importance pour les OSC de mieux documenter et faire connaître leur contribution à l’action climatique nationale.

Les initiatives mises en œuvre dans les domaines de l’agroécologie, de la gestion durable des ressources naturelles, de la restauration des écosystèmes, de la résilience des moyens de subsistance ou de l’autonomisation des femmes et des jeunes peuvent contribuer aux objectifs d’adaptation du Cameroun.

Encore faut-il que ces expériences soient suffisamment capitalisées et prises en compte dans le suivi des politiques nationales.

Faire de la révision du PNACC une opportunité

La révision du Plan National d’Adaptation aux Changements Climatiques offre au Cameroun l’occasion de tirer les leçons des dix dernières années et de renforcer son action face aux défis climatiques à venir.

Pour ASD, l’intégration du genre doit être au cœur de cette réflexion. Elle ne devrait pas se limiter à compter le nombre de femmes participant aux projets, mais chercher à mesurer les changements réels en matière d’accès aux ressources, de participation aux décisions, de réduction des inégalités et de pouvoir d’agir.

La réussite du prochain PNACC dépendra également de la capacité des différents acteurs à travailler ensemble, à partager leurs expériences et à mieux capitaliser les initiatives menées sur le terrain.

Construire une adaptation climatique efficace, c’est aussi construire une adaptation plus inclusive et attentive aux réalités des populations.

La révision du PNACC constitue une occasion importante d’aller dans cette direction.

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